Veille #17 - La ville et le football

9.7.2018

Sélectionnée par

Bonjour à tous, on se retrouve en cette période estivale pour une nouvelle veille urbaine. L’actualité oblige, on a décidé de la consacrer à la ville et au football. Les deux thèmes semblent très éloignés l’un de l’autre ; pourtant, les liens ne manquent pas, comme nous allons le voir à travers les articles présentés. En effet, le football n’est pas qu’un simple sport. C’est aussi un événement festif, des équipements ancrés dans la ville, des supporters passionnés. L’intérêt de parler de la ville à travers le football est donc multiple, que ce soit avec les questions de l’identité urbaine, de l’aménagement, des retombées économiques ou bien de l’inscription spatiale du football dans la ville.

 

 

Certains clubs de football ont un ancrage local très forts. Ils font pleinement partis de l’histoire de leur ville et de son identité. Dans cet article de Métropolitiques, Christian Bromberger revient sur le cas de l’Olympique de Marseille. Avant les années 80, l’ancrage territorial était symbolisé par un style de jeu (plus ou moins fantasmé) propre à l’équipe. Ce style était fait de « panache, de virtuosité et d’efficacité » et reflétait pour le public le caractère de la cité phocéenne. Néanmoins, cette identification tend de plus en plus à se perdre en raison notamment de l’internationalisation des joueurs et des entraîneurs. Ce cosmopolitisme était accentué par l’introduction du modèle entrepreneurial dans la gestion des clubs. Les liens qui unissent stade, ville et club semblent de distendre mais sans se perdre tout à fait. Dans la continuité de Christian Bromberger, Ludovic Lestrelin, toujours sur Métropolitiques, focalise son article sur le paradoxe des supporters de l’OM. Même si l’équipe est très lié à la ville et son histoire, sa popularité croissante attire des supporters originaires d’autres villes qui se reconnaissent dans cette équipe même. L’auteur décrit alors les pratiques de ces supporters qui se rendent à Marseille et au stade du Vélodrome comme à un pèlerinage. Il s’agit de s’approprier symboliquement les lieux et de se faire accepter par les supporters locaux. Les supporters ont une place très importante dans le football. Ce sont eux qui font vivre l’événement et lui confèrent sa dimension festive (« l’ambiance »), que ce soit dans le stade ou hors du stade. Ainsi, l’article de Bérangère Ginhoux montre les différents pratiques des supporters dits « ultras » (ceux qui font partis d’une association de supporters et mènent des activités tout le long de la saison) à partir d’une enquête ethnologique. Être supporter ultra, ce n’est pas seulement supporter une équipe, mais de manière générale défendre et marquer son territoire dans toute la ville, notamment face à une équipe rivale lors d’une rencontre. Ces pratiques ont donc une inscription spatiale très forte qui s’étend au-delà de l’espace défié au football.

 

 

La question des équipements et de leur aménagement est aussi au cœur de l’ancrage du football en ville. En effet, on identifie en général un club à un stade. Le stade est un lieu d’attachement important pour les supporters. Son occupation n’est jamais laissée au hasard et il est parfois le lieu d’affrontement violent (des hooligans). Dans son article, Nicolas Hourcade s’intéresse aux dispositifs de sécurisation et de modernisation de ce lieu qui ont pour risque l’éviction des classes populaires et l’aseptisation de l’ambiance. Il se focalise plus particulièrement sur le cas du Parc des Princes et interroge sa transformation radicale.

Les stades peuvent également servir de vitrine pour la ville lors des grands événements sportifs. Dans son article, Yvan Gastaut montre qu’avec la construction de l’Allianz Riviera, un stade flambant neuf, moderne et qui se veut écologique, la ville de Nice a pu être sélectionné pour accueillir des matchs de l’Euro en 2016. Mais ce nouveau modèle, encore une fois, risque de faire disparaître la mémoire locale et populaire liée à ce sport. En effet, les supporters restent encore très attachés à l’ancien stade, le Ray, qui va être détruit.

 

Finalement, on peut se demander si les stades ne pourraient pas aussi faire partie du processus de patrimonialisation. C’est ce que semble suggérer cet éditorial de Philippe Gargov sur Pop-up urbain. Face à un football de plus en plus mondialisé et à la prédominance des logiques économiques, le label AOP (Appelation d’Origine Protégée) pourrait être un moyen de revenir à un football plus local et plus authentique. Et ce, d’autant plus que le tourisme lié au football n’est pas à négliger. Les villes petites et moyennes pourraient ainsi en profiter de cette opportunité locale.

Pour finir, terminons sur une pratique touristique qui se développe de plus en plus parmi les supporters : le groundhopping. Elle consiste justement à faire de brefs séjours dans une ville le temps d’une rencontre sportive afin de profiter d’une ambiance de stade, pour retrouver un football plus authentique. On vous invite à aller lire cet article de Slate sur l’expérience de Rémy, un groundhopper, pour en savoir plus sur cette nouvelle pratique.

 

 

Pour conclure, ces dernières années, le football a connu de grandes mutations liées à la globalisation et à l’émergence des logiques financières. Malgré tout, l’ancrage territorial reste fort, grâce notamment aux supporters passionnés. Les logiques locales continuent donc de subsister et à travers les clubs plus petits, le « football populaire » n’est pas près de voir sa fin.

 

Si la question vous intéresse et si vous voulez aller plus loin sur ce sujet, on vous invite grandement à aller lire l’ouvrage de Christian Bromberger intitulé  Le Match de football. Ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin, paru en 1995 aux éditions de la Maison des sciences de l’homme.

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