Veille #16 - "Plan banlieues", encore un rendez-vous manqué ?

27.5.2018

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On se retrouve aujourd’hui pour une veille politique puisque nous allons faire le point sur les annonces concernant la Politique de la Ville dévoilées par Emmanuel Macron le 22 mai, près d’un mois après la réception par Edouard Philippe du rapport Borloo sur les quartiers défavorisés intitulé Vivre ensemble, vivre en grand. Pour une réconciliation nationale

 

 

 

 

Ce rapport a été commandé par le président de la République à la fin de l’année 2017 à Jean-Louis Borloo, ministre responsable des questions de Politique de la Ville entre 2002 et 2007 et porteur de la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine (2003) qui a donné naissance à l’ANRU et à la politique de rénovation urbaine des grands ensembles. Ce rapport, qui est le résultat du travail d’élus et d’associations familiers des problématiques des banlieues (comprendre celles qui sont classées Quartiers Politique de la Ville), fait un constat très critique de la situation : une population qui vit « dans une forme de relégation, voire d’amnésie de la Nation », des grands ensembles qui sont des objets anti-urbains, la pauvreté, le chômage, la jeunesse « déracinée », le manque d’équipements et de services, les difficultés scolaires,…  Néanmoins, ces constats ne sont guère surprenants dans la mesure où ils sont à peu de choses près les mêmes depuis 40 ans. Un œil au rapport Dubedout publié en 1983 et disponible ici, suffit pour s’en rendre compte. Le rapport Borloo, qui prend la forme d’un programme d’actions, est quant à lui consultable sur le site RésoVilles. Lui est associée une courte revue de presse le concernant, on y trouve notamment le lien vers l’interview de Thomas Kirszbaum sur France Culture qui dresse un bilan nuancé de ce rapport.

 

Le rapport Borloo ayant donc été rendu au gouvernement le 26 avril, les acteurs de la Politique de la Ville attendaient avec une certaine impatience de connaître la position d’Emmanuel Macron sur ces questions, d’autant plus que la démission de Stéphane Gatignon est encore fraîche dans les esprits. L’ancien maire de Sevran, très engagé dans la défense des quartiers défavorisés, a renoncé à poursuivre son mandat, dénonçant l’absence de réaction de l’Etat face à la situation alarmante de certains quartiers pourtant depuis longtemps classés en Politique de la Ville, comme le rappelle cet article des Inrockuptibles. Mais désormais, tout le monde est fixé, puisque le président a prononcé son discours, dont vous trouverez la transcription ici et un extrait vidéo ici, le 22 mai. Parmi les sujets abordés : la sécurité et la justice, la formation et l’emploi, la rénovation et la création d’une instance de recours de l’équité territoriale.

 

 

 

 

Et le moins que l’on puisse dire c’est que la presse semble peu convaincue par les mesures annoncées. Certains médias ont le sentiment que la vision du président revient à se défausser. Pour France Inter, le discours d’Emmanuel Macron est « inabouti et contradictoire », notamment parce qu’il insiste sur le rôle des acteurs locaux, de la société civile, mais n’évoque pas le rôle de l’Etat dans le développement des équipements et des services qui font défaut (rappelons par exemple que les déserts médicaux ne se trouvent pas seulement en rural profond mais aussi dans ces quartiers défavorisés et qu’il est du rôle de l’Etat de répondre à ce genre de problématiques). Réagissant à l’appel que le chef de l’Etat lance aux entreprises, Challenges fait remarquer que les entreprises n’ont pas attendu M. Macron pour envisager de s’installer en banlieue, mais qu’« il faut travailler l’environnement dans lequel l’entreprise s’installe, et ça c’est le rôle de l’Etat, n’inversons pas les choses » (nous resterons plus sceptiques sur le reste de l’article qui pointe les problèmes de comportement des jeunes et vantent les mérites de la discipline rigoureuse, de l’uniforme et du salut au drapeau…). Courrier International fait le point sur le regard de la presse étrangère, pour qui « Macron dévoile un plan « minimaliste » pour les banlieues », El Pais y voyant « la méthode Macron appliquée aux banlieues, avec un libéralisme piloté depuis l’Elysée », tandis que Le Soir souligne « l’absence de soutien financier ». Valeurs Actuelles va dans le même sens en résumant : « le plan, c’est qu’il n’y aura pas de plan », et souligne que bien que le président souhaite se démarquer des politiques précédentes en annonçant la mise en place d’une « nouvelle méthode », il n’annonce rien de « véritablement nouveau ». L'émission 28 minutes a elle aussi abordé le sujet et a notamment rappelé qu'une des questions centrales aujourd'hui est de savoir si seul le droit commun doit s'appliquer dans les banlieues ou bien si une approche spécifique doit être maintenue. 

 

Le point qui met d’accord tout le monde, c’est que « le plan Borloo est enterré », comme titre L’Express en citant Laurent Russier, maire de Saint-Denis, qui qualifie le discours de « totalement creux et très vieille politique » et juge les propositions d’Emmanuel Macron très insuffisantes par rapport aux réalités du terrain. Cela semblait prévisible, selon France Culture, qui fait remarquer que la réception du rapport s’est faite à la va-vite, et par le premier ministre alors qu’il avait été originellement demandé par le chef de l’Etat. Néanmoins, cela reste étonnant dans la mesure où c’est Emmanuel Macron lui-même qui a commandé ce rapport à Jean-Louis Borloo.

 

 

 

 

Surtout, cette non prise en compte reste en travers de la gorge des élus locaux, de gauche comme de droite, et acteurs associatifs. Interviewés sur France Inter, Catherine Arenou, maire LR de Chanteloup-les-Vignes, et François Pupponi, député PS du Val-d’Oise et ancien maire de Sarcelle, qui ont tous les deux participé à l’élaboration du rapport, ont peu goûté le discours d’Emmanuel Macron. Pour Catherine Arenou, « il n’y avait pas de volonté » derrière ce discours ; pour François Pupponi, il a présenté les acteurs présents sur le terrain depuis 40 ans comme les grands fautifs des échecs de la Politique de la Ville, sans mentionner leur travail et leur engagement après des citoyens. Et les autres personnalités politiques ne sont pas plus enthousiasmées, comme on peut le constater à la lecture du recueil de réactions concocté par Challenges. Mathieu Monot, adjoint au maire de Pantin en charge de la Politique de la Ville exprime sa colère dans le Huffington Post, en soulignant l’importance d’un outil pourtant absent des propositions : la redistribution, « voilà ce que devrait être le rôle de l’Etat : assurer une péréquation entre les territoires riches et ceux qui le sont moins ».

 

Finalement, il est difficile de trouver des soutiens à la vision défendue par Emmanuel Macron, médias et politiques de gauche et de droite s’accordent à dire que loin de donner « une vision, du sens » à la Politique de la Ville comme promis, le chef de l’Etat s’est contenté d’annoncer ce que Catherine Arenou a appelé des « mesurettes » qui sont très loin des 48 milliard d’euros d’investissement préconisés par le rapport Borloo. Par ailleurs, beaucoup de questions ont été reportées au mois de juillet, peut-être faut-il donc attendre encore un peu pour connaître précisément les mesures concrètes que compte prendre le gouvernement sur ce dossier.

 

 

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