Veille #15 - Afrique : la ruée vers la ville ?

6.5.2018

Sélectionnée par

Bonjour à tous ! Aujourd’hui on se retrouve pour une nouvelle veille urbaine consacrée à la ville en Afrique. L’Afrique est actuellement un continent qui connaît de nombreuses mutations dues à son insertion tardive dans la mondialisation et l’économie de marché après la vague d’indépendance de nombreux pays africains au XXe siècle. C’est un territoire très complexe à étudier à cause de son hétérogénéité. Chaque pays a son histoire, sa culture, son contexte politique, sa gouvernance. Néanmoins du point de vue de l’urbanisme, il nous semble que les villes africaines, aussi diverses soient-elles, illustrent de manière parfois exacerbée, les problématiques des villes en forte croissance : les inégalités sociales et spatiales, la question de l’habitat informel, les infrastructures de transport, la protection du patrimoine, etc.

L’intérêt de cette veille n’est pas, encore une fois, d’être exhaustif sur ces questions très complexes. Il nous importe de donner un tableau général des problèmes et le lecteur pourra creuser de lui-même les questions qui l’intéressent.

 

Avant de parler des villes africaines d’aujourd’hui, il nous a semblé fondamental d’évoquer l’histoire coloniale du continent qui est encore relativement récente. En effet, il est important de rappeler que la ville coloniale était un modèle urbain mais aussi un instrument d’oppression du pouvoir colonial. Organisée selon une fragmentation très forte de l’espace et une politique de surveillance des populations « indigènes », la ville coloniale reflétait les rapports de force de la domination coloniale en Afrique. Sur ces questions historiques complexes, on peut se référer à un article très complet d’Odile Goerg publié dans la revue Afrique et Histoire.

 

L’auteure rappelle notamment l’importance du discours colonial qui fonctionne par dichotomie : l’urbanité serait une caractéristique des Européens tandis que la ruralité serait propre à l’Afrique. Or, elle prouve qu’il existe des villes africaines avant la période coloniale. Elle analyse également avec précision les différents éléments structurants de la ville coloniale.

 

Le point de rupture des villes africaines est la période d’indépendance qui a eu lieu à des dates différentes selon les pays. A partir de là et jusqu’à nos jours, elles connaissent une forte croissance avec l’ouverture à l’économie de marché qui les mobilise fortement. Les villes, en effet, sont des lieux de création de richesse.

 

 En 2011, la revue Jeune Afrique a notamment publié un dossier sur les enjeux actuels des villes africaines et ses défis de demain. L’article  intitulé « Afrique : l’urbanisme au coeur de la croissance économique » souligne notamment la particularité de l’évolution urbaine africaine qui s’est faite sans révolution industrielle, contrairement à ce qui se passe en Europe et en Asie. Dans un autre article, « l’urbanisation, levier ou frein pour le développement », l’auteur affirme que « si le développement urbain est maîtrisé, il devient un levier qui sert et nourrit celui de l’économie ; mais s’il reste incontrôlé, il devient un frein à une croissance économique durable. » La politique de la ville de demain est donc un enjeu central au cœur du développement. De fait, La planification des villes africaines est très importante dans le contexte actuel. Cet article fait notamment le point sur la question de manière claire et concise et met en avant les enjeux à prendre en compte. Comme on pourra le voir par la suite, les choix politiques sont décisifs dans la gouvernance de ces villes.

 

Ainsi, cet article de la revue Métropolitiques présente le problème de l’habitat informel (les slums) à Lagos, la plus grande ville du Nigéria, dont plus de 70 % des habitants vivent dans des quartiers précaires. A travers l’exemple de Amukoko, un bidonville de 120 000 habitants et qui s’étend sur 100 ha, l’auteur décrit comment les autorités locales font face à ce problème urbain et comment ils envisagent sa restructuration.

Dans un autre article de la même revue, c’est le cas de Douala qui est étudié. Douala est la capitale économique du Cameroun et le principal centre d’affaire du pays. Néanmoins, les activités informelles y sont très développées, ce qui pose problème du point de la gestion urbaine. L’auteur de l’article tente de mettre en lien ces activités et comment les autorités peuvent les intégrer à la planification urbaine.

 

Enfin, il nous semble intéressant de mentionner un dernier article portant sur les questions de globalisation et de patrimonialisation. Il s’agit d’une étude de cas d’une petite ville d’Éthiopie, Lalibela, connue pour ses églises rupestres qui sont un haut lieu de pèlerinage pour les chrétiens orthodoxes et qui sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette ville a donc une fonction touristique forte, polarisant toutes les ressources urbaines et entraînant même un déplacement de population habitant à proximité du site par les autorités.

 

Terminons notre voyage historique et urbain au coeur de l’Afrique en nous plongeant dans les rues de Kinshasa, au RDC. Cet article de Slate, sous le format d’un reportage, nous livre les difficultés de se déplacer en transport en commun dans la ville. La question du transport, même si elle s’applique ici à une ville particulière, est néanmoins récurrente dans les villes africaines.

 

 

Pour résumer, l’Afrique sera le continent qui connaîtra le plus intensément le processus d’urbanisation dans les prochaines décennies. Parce que globalisation et urbanisation sont fortement liées, on peut sans doute dire que le continent est actuellement dans une « ruée vers la ville ». Néanmoins, comme on l’a vu, la ville africaine a des origines très lointaines. De plus, ce processus d’urbanisation n’est pas sans entraîner des questionnements, notamment en ce qui concerne la gestion urbaine par les autorités. Quel modèle appliquer ? Quelles sont les sources de financement de projet ? Il ne faut pas non plus négliger l’instabilité politique qui touche certains pays africains. En tant qu’urbaniste, il faudra rester attentif aux mutations que connaîtra ce continent dans l’avenir.

 

 

 

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