Veille #12 - L’urbanisme nocturne : la vi(ll)e autrement

8.1.2018

Sélectionnée par

Aujourd’hui on se retrouve pour une nouvelle veille urbaine consacrée à un thème qui est en train d’émerger de plus en plus ces dernières années : l’urbanisme nocturne.  Cette notion fait appel à notre expérience sensible de la ville pendant la nuit en jouant sur la temporalité, les usages de l’espace, souvent par opposition à l’urbanisme diurne. Dans cette veille, nous allons ainsi aborder les questions de la lumière, du bruit, des usages de l’espace, mais aussi de la prise en compte de ces questions par les pouvoirs publics.

 

Lorsqu’on évoque l’urbanisme nocturne, la question qui revient le plus souvent est bien celle de l’éclairage. Les villes modernes ne dorment jamais et il faut donc de la lumière pour que les activités continuent. La vie nocturne n’est peut-être pas la même que la vie diurne, mais elle est tout aussi agitée et intense, voire plus dans certains cas (la vie festive).

 

Ce n’est pas pour rien que le néon  est devenu le symbole de cette ville nocturne. Cela peut même inspirer des photographes, comme c’est le cas du Londonien Marcus Wendt qui parcourt en insomniaque les rues illuminées et mélancoliques de Hong Kong.

 

 

 

Mais cet aspect poétique des villes nocturnes ne doit pas nous faire oublier des problématiques plus réelles. L’une des critiques qui se fait le plus entendre sur l’éclairage la nuit est notamment d’ordre environnemental. En effet, la lumière produit un impact très néfaste sur la biodiversité comme nous l’explique Romain Sordello, ingénieur-chercheur au muséum d’histoire naturelle, dans ce podcast à retrouver sur France Inter. Même dans les villes, il y a de la biodiversité et cette dernière est de plus en plus fragilisée par les éclairages nocturnes. Romain Sordello nous alerte notamment sur l’utilisation des LED, qui certes sont plus économes mais dont la généralisation fait que les villes sont de plus en plus lumineuses la nuit. Pour aller plus loin sur le sujet, rendez-vous sur le site www.nuitfrance.fr, plateforme d'information et de partage de connaissances sur la nuit, la biodiversité nocturne et la pollution lumineuse en France.

 

Face à cette problématique, certaines communes font l’expérience de soit éteindre l’éclairage la nuit, soit la réduire, comme nous l’explique cet article du Parisien. Sur les 510 communes du département de la Seine-et-Marne, 107 ont fait le choix d’éteindre au moins cinq heures par nuit. Selon la police, il y a un sentiment d’insécurité accru parmi la population mais concrètement, les chiffres ne révèlent pas une augmentation des agressions ou des cambriolages. Concernant la circulation routière, on ne déplore pas plus d’accidents : les automobilistes, les piétons ainsi que les personnes à deux roues sont plus vigilants dans la circulation. Pour les mairies, l’expérience est plutôt bénéfique, car elle permet en plus de réduire la consommation d’énergie.

 

L’une des réponses à la question de l’éclairage est de mieux prendre en compte les pratiques pour aménager l’espace nocturne. Elle est notamment développée par Samuel Challéat et Dany Lapostolle dans un article de Métropolitiques . Les deux auteurs adoptent l’approche des « territorialités nocturnes, entendues comme les pratiques et usages quotidiens dans et de la nuit » pour mieux penser l’éclairage urbain. Il s’agit de produire des données pour une meilleure connaissance des usages mais aussi de faire véritablement participer les habitants. Ils donnent pour exemple les cas de Toulouse et de Grenoble qui ont su mobiliser les nouvelles technologies pour les adapter aux pratiques nocturnes des citadins (éclairage qui varie selon le passage d’un piéton dans le quartier de Saint-Etienne à Toulouse).

 

La question de la lumière en ville la nuit doit donc être pleinement prise en compte par les pouvoirs publics dans l’aménagement de l’espace. Elle devrait faire l’objet d’une véritable réflexion comme le défend Roger Narboni dans son ouvrage Les Éclairages des villes. Vers un urbanisme nocturne, dont Manuel Appert nous livre un compte-rendu sur Métropolitiques.

Dans un autre article de la même revue, Luc Gwiazdzinski va plus loin en dépassant le cadre de réflexion de l’éclairage nocturne et revendique l’idée que pour les pouvoirs publics mais aussi les habitants et les usagers, devraient penser la ville nocturne comme un « laboratoire vivant » d’une métropole durable. Les dimensions sociales, économiques et politiques de la nuit urbaine font que les enjeux sont extrêmement nombreux : « Ouvrir le chantier des nuits métropolitaines consiste à apprendre à gérer les paradoxes d’une métropole hypermoderne en prenant soin de tous : éclairer la nuit sans la faire disparaître sous une nappe lumineuse permanente ; préserver son identité originelle et sa part de mystère ; développer l’activité nocturne sans créer de nouveaux conflits d’usage ; assurer la sécurité publique sans imposer de couvre-feu ; ouvrir la nuit à l’activité économique et respecter la santé des travailleurs ; assurer la continuité centre–périphérie sans uniformiser la pratique nocturne de la ville ; réguler la ville en fête tout en conservant une place pour la transgression ; ne pas tout réglementer sans pour autant abandonner la nuit au marché »

 

 

 

Enfin, terminons sur une problématique un peu à part mais tout aussi révélatrice des problèmes d’usages et de régulation par les pouvoirs publics : celle du bruit. Dans cette enquête passionnante de la revue Urbanités, Raphaël Pïeroni analyse Sonitus, un dispositif pour réguler les nuisances sonores à Genève, et relèvent les stratégies de résistances et de détournements des usagers qui revendiquent un droit à la nuit urbaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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